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Suite Édito

SUITE ÉDITO

[...] De la boîte mécanique de FAMA à la boîte de Pandore de l'électronique manipulée par une chorégraphe (Emmanuelle Huynh), chaque concert conjugue le monde de la technologie et ce qui lui échappe. Ainsi la captation du geste entreprise par Pierre Jodlowski croise-t-elle une toute autre expérience du mouvement qui, sans électronique aucune et sous l'œil du chorégraphe Xavier Le Roy, révèle l'essence tactile d'une action sonore. Sur ce théâtre de la manipulation sonore et visuelle entreront tour à tour les automates vocaux d'A-Ronne de Berio et les voix avec électronique d'Accentus, les distorsions digitales de Franck Bedrossian ou le déploiement purement orchestral d'Enno Poppe.

Au travers de ces présences singulières transparaît l'un des problèmes récurrents pour la création contemporaine, celui du miroir qu'elle se tend à elle-même. Dans le travail du plasticien Pierre Huyghe, dans l'aventure Apocalypsis de Philippe Leroux, l'enquête sur l'œuvre en cours se confond avec la genèse de la composition. La "pensée du miroir", très prolixe dans les arts plastiques, la danse, l'écriture et le théâtre, se dépense à entrevoir les conditions de sa propre activité. On ne compte plus les mises en scène déconstruisant leur propre discours, rejouant le théâtre dans le théâtre. L'auto-référence, l'intelligence avec soi-même, cette mise en abîme participent peut-être de l'esprit du temps que la chose télévisée a poussé jusqu'à sa caricature la plus accomplie dans le "loft".

Le miroir est devenu l'un des mécanismes les plus efficaces contre le chaos, un chaos composé dont pourtant nous attendons tout ! Un compositeur, Brian Ferneyhough, dont le nouveau quatuor ouvre le colloque sur l'écriture du temps, propose une alternative radicale à cette logique du miroir dans le miroir : faire des choses dont nous ne savons pas intégralement ce qu'elles sont. Comment l'espace du dehors et des forces extérieures surgit-il ?
Comme dans la boîte de FAMA, plus encore que des miroirs, il nous faut des portes.

Frank Madlener, directeur de l'Ircam